• Jean-Patrick Connerade

     

     

    Jean-Patrick Connerade

     

    Jean-Patrick Connerade

    Jean-Patrick Connerade

     Jean-Patrick Connerade, physicien-poète en quête du « vrai Shakespeare »

    Expert en physique quantique, ce Franco-Britannique est aussi l’auteur, sous le nom de Chaunes, d’une œuvre poétique récompensée par le Prix mondial 2018 de l’humanisme.

    Membre du Comité d'Honneur de la Société des Poètes Français

     

    Si le mot « érudit » a un sens, c’est bien pour Jean-Patrick Connerade. Ce puits de sciences – au sens pluriel – est un érudit, donc. Mais un érudit ­inclassable. Toute causerie avec cet homme exquis est un délice. C’est qu’il sait l’art de raconter, l’air de rien, tel épisode méconnu de l’histoire, telle anecdote éclairant un personnage connu ou moins connu. Tirant ainsi les fils qui nouent la petite et la grande histoire, il a ce don de dessiner la trame des forces à l’œuvre, derrière le grand théâtre de la politique, la marche des sciences ou des arts.

    Jean-Patrick Connerade, ou l’art de peindre le clair-obscur de l’humanité. A sa manière, toujours subtile et teintée d’un humour ­british. Ici, vous pensez avoir affaire à un ­historien ? Eh bien, pas tout à fait ; du moins, pas sur le plan académique. Certes, ce Franco-Britannique est un universitaire réputé, professeur émérite à l’Imperial College de Londres. Mais son premier terrain de jeu n’est pas l’histoire. « C’est un scientifique reconnu dans son domaine, la physique quantique, relève le professeur Jean-Claude Lehmann, ancien directeur scientifique du CNRS. A notre invitation, il est venu plusieurs fois travailler dans ­notre laboratoire Kastler-Brossel, à l’Ecole normale supérieure de Paris. »

    Jean-Patrick Connerade explore les états très excités des atomes. Avec une double casquette : celle de l’expérimentateur et celle du théoricien. Encore faut-il, pour fouiller ces états limites de la matière, disposer d’instruments de pointe. C’est pourquoi le chercheur, enjambant allégrement les frontières, a installé l’un des premiers laboratoires de rayonnement synchrotron d’Europe, en Allemagne. Il a ensuite participé à l’installation de ­lasers de haute puissance à l’Imperial College. « J’ai aussi lancé des recherches sur un nouveau problème théorique : l’atome confiné par une barrière quantique. Des applications ont suivi dans le domaine de la nanophysique, de la physique des métallofullerènes… » Au ­total, il a publié plus de 300 articles dans des revues internationales.

     

    Une danseuse longtemps restée secrète

    Toujours entre deux avions, cet apôtre du cosmopolitisme a posé ses valises un peu partout. Ses recherches l’ont ainsi conduit d’Italie en Allemagne, de la France au Royaume-Uni. Et maintenant en Chine, où il est professeur ­honoraire à l’Université de Shanghaï et chercheur invité permanent à l’Académie des sciences chinoise.

    Faisant décidément fi des frontières, le physicien aime à surgir là où on ne l’attend pas. Il nous réserve ainsi une bien jolie surprise : il ­entretient une danseuse. Longtemps restée ­secrète, cette danseuse n’est pas monnayable. Mais c’est une muse exigeante : la poésie. Sous le pseudonyme de Chaunes, il a publié de nombreux poèmes, contes, récits ou pièces de théâtre – à compte d’auteur, le plus souvent. « Ma famille était très littéraire, pénétrée de culture française. Quant à moi, je me souviens avoir rendu un devoir de français tout en vers, quand j’étais élève en primaire. Mon institutrice a cru à un complot familial dirigé contre elle… »

    Les œuvres de Chaunes ont reçu une moisson d’honneurs : la médaille José-Maria de Heredia de l’Académie française, le prix Victor Hugo de la Société des poètes français… En 2018, Jean-Patrick Connerade a aussi été distingué par le Prix mondial de l’humanisme, décerné chaque année à « des personnes dont l’activité créatrice promeut les principes de l’humanisme, de l’amour et de la fraternité entre toutes les nations du monde ». Bref florilège de ses ouvrages : Le Bestiaire théologique, Le Paradis des filles, Dans le désert fleuri des temps modernes. Ou ­encore : L’Œuvre de Li Tan-Po, Traité sur l’ennui dans une nation française soumise à la cybercensure… Un savant inventaire à la Prévert.

    « J’ai beaucoup d’admiration pour la double culture de Jean-Patrick, celle du scientifique et celle du poète – une alliance assez rare, témoigne Claude Cohen-Tannoudji, Prix Nobel de physique. C’est une personnalité originale que je suis toujours très heureux de rencontrer. » « C’est un homme extrêmement attachant, auprès de qui l’on trouve toujours quelque chose de nouveau à explorer », ajoute Jean-Claude Lehmann. Jean-Patrick, dit-il, est un homme de quatre passions qui s’emboîtent. La première est celle de la physique. « La deuxième, qui en découle, est une passion pour l’Europe. Dans les années 1960 et 1970, les scientifiques ont beaucoup participé à la construction de l’Europe, en engageant des collaborations supranationales. » C’est ainsi qu’aujourd’hui encore le physicien-poète préside l’Académie européenne des sciences, des arts et des lettres, reliée à l’Unesco. Il est également président honoraire de l’association EuroScience, qui a fondé l’ESOF, une vaste rencontre bisannuelle sur la science et l’innovation, en lien avec la société. La troisième passion de cet homme de culture, vous l’aurez compris, est l’histoire ; sa quatrième, la poésie.

    Né à Londres en 1943, « pendant les grands bombardements », Jean-Patrick Connerade y grandit. Il suit une scolarité au Lycée français de Londres. Son père, d’origine belge francophone, était arrivé très jeune en Angleterre comme réfugié. Durant la seconde guerre mondiale, il deviendra un des agents de la ­Direction des opérations spéciales (SOE), un service secret britannique. « Il a fait partie des 10 % de survivants des opérations de la SOE en France occupée. » Plus tard, il animera un programme d’histoire en français, à la BBC.

    Histoire familiale mouvementée

    Sa famille compte quelques autres figures hautes en couleur. A l’aube du XIXe siècle, un Jean Connerade fut ainsi enrôlé comme grenadier dans la Grande Armée napoléonienne. Il participa aux légendaires batailles d’Austerlitz, ­Friedland, Iéna… « Fait prisonnier par les Russes en 1812, il a sans doute eu la vie ainsi sauvée : l’affreuse retraite de Russie lui a été épargnée. On le retrouve ensuite parmi les 600 fidèles des fidèles qui ont rejoint l’Empereur sur l’île d’Elbe. »

    D’où vient l’intérêt de Jean-Patrick Connerade pour la science ? Sans doute de sa grand-mère paternelle, qui lui lisait des articles de Science et Vie. Deux fois veuve de guerre, c’était une forte femme. « Durant les grands bombardements de Londres, elle s’était portée volontaire pour surveiller les toits car il fallait éteindre les feux. Cette grand-mère a eu ­beaucoup d’influence sur moi, je l’admirais beaucoup. » Son mari prit le maquis. « Arrêté par la police française, il fut remis aux Allemands sur ordre de Maurice Papon. Il est mort pour la France à Dachau. » Selon Jean-Claude Lehmann, « Jean-Patrick sait être très provocateur, tout en conservant son extrême gentillesse ». Est-ce en raison de cette histoire ­familiale mouvementée ?

    La curiosité toujours en éveil, ce doux frondeur a récemment déboulé dans l’univers ­feutré des universitaires shakespeariens. Au détour d’une conférence « Science et poésie » qu’il organisait à Copenhague, en 2014, Jean-Patrick Connerade rencontra en effet le prince Henri du Danemark. « J’ai tout de suite pensé à Hamlet. Et cela m’a donné l’idée de confronter les textes de Shakespeare au savoir astronomique de son temps. » Il se prend alors de passion pour une énigme vieille de 400 ans : sous quel masque Shakespeare se cachait-il ? Cette enquête le mènera sur la piste d’un érudit de la Renaissance, John Florio qui, selon lui, « a 90 % de chances d’être “le vrai Shakespeare” ».

    John Florio et Jean-Patrick Connerade : c’est un peu la rencontre, à quatre siècles de distance, de deux « honnêtes hommes ». De ce ­tête-à-tête inattendu, le second a tiré une pièce de théâtre, Le Vrai Shakespeare (2018), qui offre une perspective originale sur le mystère du premier. Dans cette œuvre de fiction, un illustre aréopage gravite autour du génial Florio : un philosophe, un astronome, un homme d’Etat, quelques poètes et gentilshommes. Où l’on ­découvre comment, à la fin de la Renaissance, l’un de ces personnages aurait pu imposer l’imposture : le masque de Shakespeare. « A l’heure du Brexit, je me plais à voir dans le grand poète national anglais un homme de la Renaissance européenne », glisse Jean-Patrick Connerade.

    Par Florence Rosier. Le Monde . Science § Médecine. Publié le 22 avril 2019

     

     

     

     

     

     

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