• C'est la Toussaint

     

     

    C'est la Toussaint

     

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    C'est la Toussaint

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    C'est la Toussaint

     

    Toussaint

     Paul Verlaine (1844-1896)

     

    Ces vrais vivants qui sont les saints,

    Et les vrais morts qui seront nous,

    C'est notre double fête à tous,

    Comme la fleur de nos desseins,

     

    Comme le drapeau symbolique

    Que l'ouvrier plante gaîment

    Au faite neuf du bâtiment,

    Mais, au lieu de pierre et de brique,

     

    C'est de notre chair qu'il s'agit,

    Et de notre âme en ce nôtre œuvre

    Qui, narguant la vieille couleuvre,

    A force de travaux surgit.

     

    Notre âme et notre chair domptées

    Par la truelle et le ciment

    Du patient renoncement

    Et des heures dûment comptées.

     

    Mais il est des âmes encor,

    Il est des chairs encore comme

    En chantier, qu'à tort on dénomme

    Les morts, puisqu'ils vivent, trésor

     

    Au repos, mais que nos prières

    Seulement peuvent monnayer

    Pour, l'architecte, l'employer

    Aux grandes dépenses dernières.

     

    Prions, entre les morts, pour maints

    De la terre et du Purgatoire,

    Prions de façon méritoire

    Ceux de là-haut qui sont les saints.

     

    Paul Verlaine. 

    C'est la Toussaint

     

    Vieille ferme à la Toussaint

    La ferme aux longs murs blancs, sous les grands arbres jaunes,

    Regarde, avec les yeux de ses carreaux éteints,

    Tomber très lentement, en ce jour de Toussaint,

    Les feuillages fanés des frênes et des aunes.

    Elle songe et resonge à ceux qui sont ailleurs,

    Et qui, de père en fils, longuement s’éreintèrent,

    Du pied bêchant le sol, des mains fouillant la terre,

    A secouer la plaine à grands coups de labeur.

    Puis elle songe encor qu’elle est finie et seule,

    Et que ses murs épais et lourds, mais crevassés,

    Laissent filtrer la pluie et les brouillards tassés,

    Même jusqu’au foyer où s’abrite l’aïeule.

    Elle regarde aux horizons bouder les bourgs ;

    Des nuages compacts plombent le ciel de Flandre ;

    Et tristement, et lourdement se font entendre,

    Là-bas, des bonds de glas sautant de tour en tour.

    Et quand la chute en or des feuillage effleure,

    Larmes ! ses murs flétris et ses pignons usés,

    La ferme croit sentir ses lointains trépassés

    Qui doucement se rapprochent d’elle, à cette heure,

    Et pleurent.

    Emile Verhaeren

     

    C'est la Toussaint

     

    "Les reliques du cœur ont aussi leur poussière"     

     Voici venu le temps où les feuilles jaunies

    Jonchent le sol boueux de leurs débris épars --

    Dans le ciel alourdi de brumes infinies

    Les lugubres corbeaux chantent de toutes parts.

     

    C'est le temps où chacun rend un culte pieux

    A ceux qu'il a connus quand ils étaient sur terre,

    Où l'âme cherche une âme et scrute en vain les cieux...

    Le temps qui voit fleurir le morne cimetière.

     

    O Vivants d'autrefois, qui n'êtes que des ombres

    En un monde inconnu jaloux de son secret,

    Savez-vous que mon cœur empli de pensers sombres,

    Garde de votre mort un éternel regret ?

     

    O Morts, par qui nos jours s'écoulèrent si doux,

    Nous vous gardons encor le meilleur de nous-même

    Puisqu'aux heures de deuil qu'obscurcit un ciel blême

    Nos souvenirs vous font vivants auprès de nous !...

    Alfred de Musset  

    C'est la Toussaint

    Novembre

    Les grand’routes tracent des croix

    A l’infini, à travers bois ;

    Les grand’routes tracent des croix lointaines

    A l’infini, à travers plaines ;

    Les grand’routes tracent des croix

    Dans l’air livide et froid,

    Où voyagent les vents déchevelés

    A l’infini, par les allées.

    Arbres et vents pareils aux pèlerins,

    Arbres tristes et fous où l’orage s’accroche,

    Arbres pareils au défilé de tous les saints,

    Au défilé de tous les morts

    Au son des cloches,

    Arbres qui combattez au Nord

    Et vents qui déchirez le monde,

    Ô vos luttes et vos sanglots et vos remords

    Se débattant et s’engouffrant dans les âmes profondes !

    Voici novembre assis auprès de l’âtre,

    Avec ses maigres doigts chauffés au feu ;

    Oh ! tous ces morts là-bas, sans feu ni lieu,

    Oh ! tous ces vents cognant les murs opiniâtres

    Et repoussés et rejetés

    Vers l’inconnu, de tous côtés.

    Oh ! tous ces noms de saints semés en litanies,

    Tous ces arbres, là-bas,

    Ces vocables de saints dont la monotonie

    S’allonge infiniment dans la mémoire ;

    Oh ! tous ces bras invocatoires

    Tous ces rameaux éperdument tendus

    Vers on ne sait quel christ aux horizons pendu.

    Voici novembre en son manteau grisâtre

    Qui se blottit de peur au fond de l’âtre

    Et dont les yeux soudain regardent,

    Par les carreaux cassés de la croisée,

    Les vents et les arbres se convulser

    Dans l’étendue effarante et blafarde,

    Les saints, les morts, les arbres et le vent,

    Oh l’identique et affolant cortège

    Qui tourne et tourne, au long des soirs de neige ;

    Les saints, les morts, les arbres et le vent,

    Dites comme ils se confondent dans la mémoire

    Quand les marteaux battants

    A coups de bonds dans les bourdons,

    Ecartèlent leur deuil aux horizons,

    Du haut des tours imprécatoires.

    Et novembre, près de l’âtre qui flambe,

    Allume, avec des mains d’espoir, la lampe

    Qui brûlera, combien de soirs, l’hiver ;

    Et novembre si humblement supplie et pleure

    Pour attendrir le coeur mécanique des heures !

    Mais au dehors, voici toujours le ciel, couleur de fer,

    Voici les vents, les saints, les morts

    Et la procession profonde

    Des arbres fous et des branchages tords

    Qui voyagent de l’un à l’autre bout du monde.

    Voici les grand’routes comme des croix

    A l’infini parmi les plaines

    Les grand’routes et puis leurs croix lointaines

    A l’infini, sur les vallons et dans les bois !

    Emile Verhaeren (Les vignes de ma muraille)

     

     

    C'est la Toussaint

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  • Commentaires

    1
    Dion-Guérin
    Mardi 30 Octobre à 18:42

    Sublime Verhaeren !

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